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Fiche pratique

Le PER (Price Earning Ratio)

"Est-ce que je paie cette action trop cher ?"

L'analyste curieux
ven. 6 févr. 2026

Le PER : Comprendre le ratio cours/bénéfices pour mieux investir

Lorsqu'on s'intéresse aux actions en bourse, on entend rapidement parler du PER. Ce ratio, qui semble simple au premier abord, est probablement l'indicateur le plus utilisé par les investisseurs du monde entier. Pourtant, sa simplicité apparente cache des nuances importantes qu'il faut maîtriser pour l'utiliser correctement

Qu'est-ce que le PER exactement ?

Le PER, ou Price Earnings Ratio en anglais, mesure le rapport entre le prix d'une action et les bénéfices qu'elle génère.

On l'appelle aussi "multiple de capitalisation des bénéfices" ou "ratio cours/bénéfices" en français.

Concrètement, si une action vaut 100 euros et que l'entreprise génère 5 euros de bénéfice par action, son PER sera de 20. On calcule cela en divisant simplement le prix de l'action (100) par le bénéfice par action (5).

Pour bien comprendre ce que cela signifie, imaginez que vous achetez une boulangerie. Le vendeur vous demande 200 000 euros, et cette boulangerie génère chaque année 10 000 euros de bénéfice net. Vous payez donc 20 fois les bénéfices annuels, ce qui correspond à un PER de 20.

En d'autres termes, si les bénéfices restent constants, il vous faudrait 20 ans pour récupérer votre investissement initial grâce aux profits.

Comment calculer le PER en pratique ?

Il existe deux façons principales de calculer le PER, et c'est important de comprendre la différence entre les deux.

La première méthode consiste à diviser la capitalisation boursière totale de l'entreprise par son bénéfice net total. Si une entreprise vaut 1 milliard d'euros en bourse et génère 50 millions d'euros de bénéfice net annuel, son PER sera de 20.

La seconde méthode, plus courante, divise le prix d'une action par le bénéfice par action (le fameux BPA ou EPS "Earnings per share" en anglais). Cette approche arrive exactement au même résultat, mais elle est plus pratique quand on regarde une action individuelle.

Vous remarquerez que sur les sites financiers, on trouve parfois plusieurs PER différents pour une même entreprise.

C'est normal, car on peut utiliser différentes périodes de référence. Le PER le plus courant s'appuie sur les bénéfices des douze derniers mois (on parle de "trailing PER"). Mais on trouve aussi le PER "forward", qui utilise les bénéfices estimés pour l'année à venir. Ce dernier est prospectif et donc plus incertain, puisqu'il repose sur des prévisions.

Que nous dit vraiment un PER élevé ou faible ?

Maintenant que nous savons calculer le PER, la vraie question est de savoir comment l'interpréter. À première vue, on pourrait penser qu'un PER faible signifie toujours qu'une action est bon marché, et qu'un PER élevé signifie qu'elle est chère. La réalité est beaucoup plus nuancée.

Un PER élevé, disons de 30 ou 40, indique que les investisseurs acceptent de payer cher pour chaque euro de bénéfice généré par l'entreprise. Pourquoi feraient-ils cela ?

Généralement, c'est parce qu'ils anticipent une forte croissance future des bénéfices. Prenons l'exemple d'une entreprise technologique innovante qui double ses bénéfices chaque année. Même si son PER actuel semble élevé à 40, si ses bénéfices doublent effectivement l'année prochaine et que son prix reste stable, son PER tombera à 20, ce qui n'est plus si cher.

À l'inverse, un PER faible, comme 8 ou 10, peut sembler attractif. Mais attention, il peut signaler plusieurs choses. Parfois, c'est effectivement une opportunité car l'entreprise est sous-évaluée par le marché. Mais cela peut aussi indiquer que les investisseurs s'attendent à ce que les bénéfices diminuent dans le futur, à cause de difficultés structurelles, d'une industrie en déclin, ou de risques particuliers pesant sur l'entreprise.

Les secteurs et les PER moyens

Un aspect fondamental pour bien utiliser le PER est de comprendre que chaque secteur d'activité a sa propre "norme" en termes de valorisation. Comparer le PER d'une banque avec celui d'une entreprise de logiciels n'a pas beaucoup de sens.

Les entreprises de croissance, notamment dans la technologie, la santé ou les biens de consommation innovants, affichent généralement des PER plus élevés, souvent entre 25 et 50, voire davantage. C'est normal car ces entreprises sont censées croître rapidement et augmenter significativement leurs bénéfices dans les années à venir.

Les secteurs matures et cycliques, comme l'automobile, la banque, l'énergie ou les matières premières, ont généralement des PER plus faibles, souvent entre 8 et 15. Ces entreprises ont des perspectives de croissance plus limitées et leurs bénéfices peuvent varier fortement selon les cycles économiques.

Les secteurs défensifs comme les services publics, les télécommunications ou l'alimentation de base, se situent généralement dans une zone intermédiaire, avec des PER autour de 15 à 20. Ces entreprises offrent une croissance modérée mais régulière.

La croissance et le PEG ratio

Pour affiner l'analyse, les investisseurs ont développé un indicateur complémentaire appelé le PEG ratio (Price Earnings to Growth). Ce ratio divise le PER par le taux de croissance annuel des bénéfices.

Imaginons deux entreprises. La première a un PER de 30 et une croissance des bénéfices de 30% par an. La seconde a un PER de 15 et une croissance de 5% par an. Au premier regard, la seconde semble moins chère. Mais calculons leur PEG : la première a un PEG de 1 (30 divisé par 30), tandis que la seconde a un PEG de 3 (15 divisé par 5). La première entreprise n'est donc pas si chère compte tenu de sa croissance.

Traditionnellement, on considère qu'un PEG inférieur à 1 indique une action potentiellement sous-évaluée, tandis qu'un PEG supérieur à 2 suggère une surévaluation. Un PEG autour de 1 signifie que le PER est cohérent avec le taux de croissance, ce qui est considéré comme équilibré.

Les limites et pièges du PER

Aussi utile soit-il, le PER présente des limites importantes qu'il faut absolument connaître pour éviter les erreurs d'analyse.

La première limite concerne les bénéfices exceptionnels ou anormalement faibles. Si une entreprise vend un actif important et réalise un bénéfice exceptionnel, son PER chutera temporairement, donnant l'illusion qu'elle est bon marché. À l'inverse, des charges exceptionnelles peuvent gonfler artificiellement le PER. Il faut donc toujours regarder si les bénéfices utilisés sont "normalisés", c'est-à-dire représentatifs de la performance récurrente de l'entreprise.

La deuxième limite touche les entreprises cycliques. Prenons l'exemple d'un constructeur automobile. En période de boom économique, ses bénéfices explosent et son PER peut descendre à 5 ou 6. Instinctivement, on pourrait penser que c'est le moment d'acheter. Mais c'est souvent le contraire : un PER très faible dans un secteur cyclique peut signifier qu'on est au sommet du cycle, et que les bénéfices vont bientôt s'effondrer. Inversement, un PER très élevé en période de récession peut être le meilleur moment pour acheter, car les bénéfices ne peuvent que remonter.

La troisième limite concerne les différences comptables entre pays et entreprises. Les normes comptables permettent une certaine flexibilité dans le calcul du bénéfice net. Deux entreprises identiques peuvent afficher des PER différents simplement parce qu'elles choisissent des méthodes comptables différentes (amortissement, provisionnement, etc.).

Enfin, le PER ne dit rien sur la qualité des bénéfices, leur pérennité, ou la solidité financière de l'entreprise. Une société très endettée et une société sans dette peuvent avoir le même PER, mais leur profil de risque est radicalement différent.

Comment utiliser le PER dans une analyse complète ?

Le PER ne doit jamais être utilisé seul, mais toujours en complément d'autres indicateurs. Voici une approche structurée pour l'intégrer dans votre analyse.

Commencez par comparer le PER actuel de l'entreprise à son historique. Si une entreprise se traite habituellement avec un PER de 20 et qu'elle affiche aujourd'hui un PER de 12, cela mérite d'être creusé. Soit c'est une opportunité, soit quelque chose a changé dans les perspectives de l'entreprise.

À titre personnel, je regarde souvent le PER actuel comparé au PER médian des 10 dernières années. Médian veut dire que 50% du temps la période le ratio était au dessus, et 50% du temps en dessous. Je le préfère très largement à la moyenne historique que je trouve moins représentative.

Ensuite, comparez le PER de l'entreprise à celui de ses concurrents directs. Si tous les acteurs d'un secteur ont un PER de 15, sauf un qui est à 25, posez-vous la question : est-ce justifié par une meilleure croissance, une meilleure rentabilité, ou un avantage compétitif durable (ce qu'on appelle un MOAT) ? Ou bien est-ce simplement une surévaluation ?

Combinez ensuite le PER avec d'autres ratios de valorisation comme le Price to Book (ratio cours sur actif net), le Price to Sales (ratio cours sur chiffre d'affaires), ou encore l'EV/EBITDA (valeur d'entreprise sur excédent brut d'exploitation). Cette approche multi-ratios permet de confirmer ou d'infirmer une première impression donnée par le PER.

N'oubliez pas d'examiner la qualité des bénéfices en regardant les flux de trésorerie. Une entreprise peut afficher de beaux bénéfices comptables tout en générant peu de cash. Le cash-flow est la vraie mesure de la capacité d'une entreprise à créer de la valeur. Si le PER est faible mais que les flux de trésorerie sont négatifs, c'est un signal d'alarme.

Les variantes du PER à connaître

Pour terminer, il existe plusieurs variantes du PER que vous rencontrerez dans vos analyses.

Le PER ajusté (ou normalized PER) utilise des bénéfices "normalisés", c'est-à-dire débarrassés des éléments exceptionnels. C'est généralement la version la plus fiable pour évaluer la valorisation réelle d'une entreprise.

Le Shiller PE, aussi appelé CAPE ratio (Cyclically Adjusted Price Earnings), utilise la moyenne des bénéfices ajustés de l'inflation sur les dix dernières années. Cet indicateur, développé par le prix Nobel Robert Shiller, est particulièrement utile pour évaluer le marché dans son ensemble et éviter les distorsions des cycles économiques.

Le PER sectoriel ou le PER du marché dans son ensemble permet de savoir si l'ensemble des actions est cher ou bon marché. Historiquement, le PER moyen du marché américain tourne autour de 15-16. Quand il dépasse 25-30, le marché est généralement considéré comme surévalué. Quand il descend sous 10, c'est souvent une opportunité d'achat, même si cela correspond généralement à des périodes de crise.

En résumé

Le PER est un outil simple et puissant pour évaluer rapidement si une action semble chère ou bon marché. Mais sa simplicité ne doit pas masquer la complexité de son interprétation. Un PER élevé n'est pas nécessairement mauvais s'il reflète une forte croissance future. Un PER faible n'est pas nécessairement bon s'il cache des difficultés structurelles.

Pour utiliser efficacement le PER, vous devez le comparer au contexte : l'historique de l'entreprise, ses concurrents, son secteur, et ses perspectives de croissance. Vous devez vérifier la qualité et la normalité des bénéfices utilisés. Et surtout, vous devez le combiner avec d'autres indicateurs financiers pour avoir une vision complète.

Maîtriser le PER, c'est comprendre qu'il pose la bonne question (combien payons-nous pour les bénéfices de cette entreprise ?), mais qu'il ne donne pas seul la réponse complète. C'est le point de départ de l'analyse, pas son aboutissement. Avec cette compréhension approfondie, vous êtes maintenant capable non seulement d'expliquer ce qu'est le PER, mais aussi de l'utiliser intelligemment dans vos propres analyses d'investissement.