
Price to Book (P/B) : Est-ce que cette action vaut son "vrai" prix ?
En Bourse, il y a deux types d'investisseurs : ceux qui achètent des promesses de croissance future (comme dans la Tech), et ceux qui veulent du concret, du solide, du tangible.
Pour ces derniers, les "Value Investors" (les chasseurs de valeur à la Benjamin Graham), il existe un ratio roi : le P/B Ratio (Price-to-Book).
Contrairement au PER qui regarde les bénéfices (qui peuvent fluctuer), le P/B regarde le patrimoine. Il répond à une question fondamentale :
"Si l'entreprise fermait demain et vendait tout ce qu'elle possède, est-ce que je rentrerais dans mes frais ?"
Pour accompagner la fiche pratique ci-jointe, voici le mode d'emploi complet pour maîtriser ce ratio d'analyse bilancielle.

C'est quoi le "Book" (La Valeur Comptable) ?
Avant de diviser le prix, il faut comprendre ce qu'est la "Book Value" (Valeur aux livres).
C'est une équation comptable très simple :
Actifs - Dettes = Capitaux Propres (Book Value)
Imaginez une usine.
Elle possède des murs, des machines et du stock (Actifs).
Elle doit de l'argent à la banque (Dettes).
Ce qui reste une fois les dettes payées, c'est la Valeur Comptable. C'est la richesse nette qui appartient aux actionnaires.
Le ratio P/B compare donc le Prix que vous payez en Bourse à cette Richesse nette.
Comment lire le résultat ? (Les 4 Zones)
Comme illustré sur notre fiche, le P/B permet de classer rapidement une entreprise selon la "prime" que vous payez sur ses actifs :
🟢 P/B < 1 : La Décote (L'Aubaine ?)
Ici, le prix de l'action est inférieur à la valeur de ses actifs nets.
Théoriquement : Vous achetez 1€ de pièces d'or pour 80 centimes. C'est le rêve des investisseurs "Value".
Le Piège (Value Trap) : Attention ! Si le marché brade l'entreprise, c'est peut-être parce qu'il pense que ses actifs ne valent plus rien (ex: des stocks invendables, des usines obsolètes) ou qu'elle va brûler tout son cash.
🟢 P/B entre 1 et 3 : Le Standard Industriel
C'est la zone normale pour la plupart des entreprises industrielles saines (Constructeurs auto, Chimie, Industrie lourde).
L'analyse : Vous payez le prix des actifs + une petite prime pour la capacité de l'entreprise à générer des profits avec ces actifs.
🟡 P/B entre 3 et 10 : La Prime de Qualité
Ici, les actifs physiques comptent moins.
L'analyse : Vous payez pour la marque, le savoir-faire ou la fidélité client (Ex: Coca-Cola). La valeur de l'entreprise ne réside plus seulement dans ses usines, mais dans sa puissance commerciale.
🔴 P/B > 10 : La Zone "Asset-Light" (Tech)
L'analyse : Dans ce cas, le ratio P/B devient souvent inutile. Une entreprise de logiciel (SaaS) ou de conseil a très peu d'actifs physiques (pas d'usines, juste des ordinos). Son P/B sera astronomique, mais cela ne veut pas dire qu'elle est chère. Cela veut dire que sa richesse est invisible (le code, les talents).
Le Secret : Quand l'utiliser (et quand l'oublier) ?
Le P/B n'est pas universel.
✅ OUI : Pour les Financières et l'Industrie
Le P/B est l'indicateur ROI pour analyser les Banques et les Assurances.
Pourquoi ? Parce que les actifs d'une banque (les prêts, le cash), c'est de l'argent. Leur valeur comptable est très proche de leur valeur réelle.
Astuce : Une banque saine s'achète souvent autour d'un P/B de 1. Si elle est à 0.5, méfiance sur la qualité de ses prêts.
❌ NON : Pour la Tech et les Services
N'utilisez jamais le P/B pour analyser Google, Microsoft ou une agence de pub. Leurs vrais actifs (brevets, algorithmes, marque) ne sont souvent pas comptabilisés à leur juste valeur dans le bilan. Vous auriez l'impression qu'elles sont hors de prix alors qu'elles sont peut-être rentables.
En résumé
Le ratio Price to Book est votre détecteur de "valeur plancher".
Il est génial pour savoir si une action industrielle ou bancaire est "en solde".
Il est inutile pour les start-ups technologiques.